Le trekking en haute altitude attire chaque année des milliers d'amateurs de montagne vers les sommets de l'Himalaya, des Andes ou de l'Atlas. Mais s'élever au-dessus de 2500 mètres expose le corps à des contraintes physiologiques que beaucoup sous-estiment. Le mal aigu des montagnes, communément appelé MAM, touche entre 20 et 40 % des trekkeurs au-dessus de 3000 mètres, et peut évoluer en quelques heures vers des formes graves potentiellement mortelles. Comprendre ce phénomène, savoir le prévenir et reconnaître ses signes précurseurs est indispensable avant tout projet d'altitude.

Comprendre le mal des montagnes

Le mal aigu des montagnes résulte de la diminution de la pression atmosphérique avec l'altitude. À 3000 mètres, la pression d'oxygène est environ 30 % inférieure à celle du niveau de la mer ; à 5000 mètres, elle chute de moitié. Le corps doit alors compenser ce déficit en augmentant la fréquence respiratoire et cardiaque, en produisant davantage de globules rouges et en redistribuant le flux sanguin vers les organes vitaux. Cette acclimatation prend du temps et n'est pas linéaire.

Les premiers symptômes apparaissent généralement entre 6 et 24 heures après l'arrivée à une altitude nouvelle : maux de tête, perte d'appétit, nausées, fatigue inhabituelle, troubles du sommeil. Ces signes constituent le MAM bénin et touchent une majorité de personnes au-dessus de 3500 mètres. Ils disparaissent spontanément en 24 à 48 heures avec un repos approprié et une bonne hydratation. Sans précaution, ils peuvent en revanche évoluer vers des formes sévères.

Deux complications graves doivent être absolument identifiées : l'œdème pulmonaire de haute altitude et l'œdème cérébral. Le premier se manifeste par une toux sèche persistante, une dyspnée au repos, des crachats roses ou rosés, et des bruits anormaux à la respiration. Le second se traduit par des troubles de la conscience, une démarche ébrieuse, des vomissements en jet et des troubles de la vision. Dans les deux cas, la descente immédiate vers une altitude inférieure est la seule solution efficace, idéalement combinée à une oxygénothérapie. Les ressources médicales détaillées sont disponibles sur le site de l'Institut de Recherche Médicale en Haute Altitude.

Les principes de l'acclimatation

L'acclimatation repose sur une règle d'or : monter progressivement et ne jamais brûler les étapes. Les recommandations internationales sont claires : au-dessus de 3000 mètres, ne pas augmenter l'altitude de couchage de plus de 300 à 500 mètres par nuit, et prévoir un jour de repos tous les 1000 mètres gagnés. Cette progression lente permet aux mécanismes physiologiques de s'adapter sans déclencher de réaction pathologique.

La technique du « monter haut, dormir bas » est l'un des piliers de l'acclimatation. Elle consiste à effectuer une excursion en altitude pendant la journée puis à redescendre dormir à une altitude inférieure. Cette stratégie stimule l'adaptation tout en limitant les risques nocturnes, période où les troubles s'aggravent souvent. La plupart des treks classiques en Himalaya intègrent ces journées d'acclimatation à Namche Bazar (3440m) ou Dingboche (4410m) sur le trek du camp de base de l'Everest.

L'hydratation joue un rôle central dans l'acclimatation. En altitude, l'air sec et la respiration accélérée provoquent une déshydratation rapide. Comptez 4 à 5 litres d'eau par jour en marche prolongée, en évitant alcool et caféine en excès qui aggravent la déshydratation. Une diurèse abondante et claire constitue un bon indicateur d'hydratation correcte. Le repos est tout aussi important : en altitude, le sommeil est de moindre qualité, avec des éveils fréquents et une saturation en oxygène qui chute pendant la nuit.

Préparation physique et mentale avant le départ

Une bonne forme cardiovasculaire ne protège pas du mal des montagnes mais facilite la récupération et permet de mieux gérer l'effort en altitude. Préparez votre trek au minimum trois mois à l'avance avec un programme combinant endurance fondamentale (marche rapide, vélo, natation) trois fois par semaine, et séances de fractionné une fois par semaine pour développer votre capacité aérobie. Les randonnées avec sac chargé en moyenne montagne sont la meilleure préparation spécifique.

La préparation médicale est tout aussi importante. Un bilan cardiologique avec épreuve d'effort est recommandé pour toute personne prévoyant de dépasser 4000 mètres, surtout au-delà de 50 ans ou avec antécédents cardiovasculaires. Certaines pathologies chroniques (asthme, hypertension, diabète) ne contre-indiquent pas l'altitude mais nécessitent un avis spécialisé et parfois une adaptation du traitement. L'Institut de Médecine de Montagne propose des consultations spécifiques avant les expéditions.

L'aspect mental est souvent négligé. Le trekking d'altitude implique fatigue accumulée, inconfort, sommeil dégradé et parfois conditions météorologiques difficiles. Apprenez à gérer la frustration d'une journée d'acclimatation forcée, le découragement d'un sommet abandonné pour cause de météo ou la simple monotonie de longues étapes. Le mental d'équipe compte énormément : choisissez vos compagnons de cordée avec soin, en privilégiant la solidarité et la capacité à renoncer collectivement quand les conditions l'exigent.

Médicaments et matériel d'altitude

L'acétazolamide, plus connu sous le nom de Diamox, reste le médicament de référence en prévention et traitement du mal des montagnes. Pris en prophylaxie à raison de 125 à 250 mg deux fois par jour, il facilite l'acclimatation en augmentant la ventilation. Il ne dispense en aucun cas d'une montée progressive et peut provoquer des effets secondaires (picotements, polyurie, dysgueusie) à doser avec un médecin avant le départ. Le dexaméthasone et la nifédipine sont d'autres molécules utilisées en cas de complications, mais uniquement sous supervision médicale.

Côté matériel, prévoyez un oxymètre de pouls pour surveiller votre saturation en oxygène matin et soir. Une chute brutale de la saturation associée à une fréquence cardiaque élevée constitue un signal d'alerte. Pour les treks engagés en zone reculée, un caisson hyperbare portable peut sauver une vie en cas d'œdème en attendant une évacuation. Ces équipements sont généralement fournis par les agences spécialisées sur les expéditions au-dessus de 5500 mètres.

L'équipement vestimentaire doit anticiper des amplitudes thermiques importantes. Une nuit à 5000 mètres peut descendre à -15°C même en saison chaude. Sac de couchage adapté à -20°C de confort, doudoune en duvet, gants et bonnets chauds, lunettes de soleil de catégorie 4 et crème solaire indice 50+ font partie du minimum vital. Les sites comme la Société Française de Médecine d'Urgence publient régulièrement des recommandations actualisées sur les équipements et protocoles.

Reconnaître les signes d'alerte et savoir renoncer

La règle absolue en altitude est simple : si les symptômes s'aggravent malgré le repos, descendez. Aucun sommet ne vaut une vie. Les guides expérimentés rappellent qu'un échec dû à une décision de descente prudente est toujours préférable à un drame évitable. Le syndrome du sommet, qui pousse certains à continuer malgré les signes d'alerte, a coûté la vie à de nombreux alpinistes, y compris parmi les plus expérimentés.

Apprenez à observer vos compagnons de trek autant que vous-même. Le mal des montagnes altère le jugement et la personne atteinte est souvent la dernière à reconnaître son état. Une démarche hésitante, des propos incohérents, une apathie soudaine ou un refus de boire et manger doivent immédiatement alerter le groupe. Le test de Romberg, qui consiste à tenir debout les yeux fermés et les bras tendus, est un excellent indicateur : son échec doit déclencher une descente immédiate.

Questions fréquentes

**À partir de quelle altitude le mal des montagnes peut-il survenir ?**

Les premiers symptômes peuvent apparaître dès 2500 mètres chez les personnes sensibles, mais la fréquence augmente nettement au-dessus de 3000 mètres. Au-delà de 4000 mètres, près de la moitié des trekkeurs ressentent des signes plus ou moins prononcés.

**Le Diamox est-il indispensable pour un trek en Himalaya ?**

Non, le Diamox n'est pas obligatoire mais peut être utile en prévention pour les personnes sujettes ou lors d'une montée rapide. Il ne remplace jamais une acclimatation progressive et doit être prescrit après consultation médicale, en respectant les contre-indications.

**Combien de temps pour s'acclimater à 5000 mètres ?**

Il faut compter 7 à 10 jours minimum de progression depuis 2500-3000 mètres. Une acclimatation préalable en moyenne montagne avant le départ peut faciliter le processus, mais elle ne dispense pas de la progression lente sur place.

**Les enfants peuvent-ils faire du trekking en altitude ?**

Les recommandations pédiatriques sont prudentes. En dessous de 12 ans, on déconseille généralement les nuits au-dessus de 3000 mètres. Les enfants peuvent avoir du mal à exprimer leurs symptômes, ce qui complique le diagnostic. Privilégiez la moyenne montagne jusqu'à l'adolescence.

**Que faire en cas de mal des montagnes pendant un trek ?**

Arrêtez la progression, hydratez-vous, prenez du paracétamol pour le mal de tête et reposez-vous. Si les symptômes persistent ou s'aggravent en 12 à 24 heures, descendez d'au moins 500 mètres. En cas de signes neurologiques ou respiratoires, descendez en urgence et alertez les secours via votre guide ou le numéro local d'urgence.

**Une assurance spéciale est-elle nécessaire pour le trekking d'altitude ?**

Oui, une assurance couvrant l'évacuation par hélicoptère et les frais médicaux à l'étranger est indispensable. Vérifiez la limite d'altitude couverte par votre contrat : certaines assurances classiques excluent les activités au-dessus de 4000 ou 5000 mètres. Les fédérations FFME et FFCAM proposent des contrats adaptés.