Mise à jour du 15 septembre 2026Carte verte aujourd'hui, bascule demain. Au bulletin diffusé ce mardi à 6 h, Météo-France ne retient aucun département en jaune, en orange ou en rouge pour mardi 15 ; un seul, les Pyrénées-Orientales, passe en jaune orages mercredi 16. Pic de chaleur tardif aujourd'hui — 30 à 33 °C sur la moitié sud, 35 à 36 °C dans le Sud-Ouest, 36,1 °C relevés à Montpellier — puis bascule océanique mercredi, avec 7 à 15 °C de moins en vingt-quatre heures selon les régions. Coucher du soleil à 19 h 54, quatre minutes de jour perdues chaque jour. Nuits plus longues et isotherme en baisse améliorent le regel, mais la chaleur d'aujourd'hui le défait encore en journée : l'horaire reste le premier facteur de sécurité. Dans les Alpes du Nord, l'isotherme 0 °C tombe de 4 500 m aujourd'hui à 3 400 m jeudi, sans que la limite pluie-neige descende sous 3 100 m : pas de neige sur les sentiers, mais environ 5 °C à 2 500 m avec du vent de nord — lire la limite pluie-neige et fixer son plafond d'altitude.

Un randonneur de 20 ans, parti pour un bivouac de deux jours dans la vallée de Gavarnie (Hautes-Pyrénées), a été retrouvé mort lundi 7 septembre 2026 « sur ce qui reste du glacier des Gabiétous », dans le massif du Mont-Perdu, à l'ouest du cirque de Gavarnie, rapporte France 3 Occitanie. Ses proches, sans nouvelles à l'heure prévue de son retour, avaient donné l'alerte dimanche 6 septembre en fin d'après-midi ; les gendarmes du PGHM de Pierrefitte-Nestalas ont localisé sa voiture le soir même, cherché de nuit avec un drone, puis repéré depuis l'hélicoptère de la section aérienne de gendarmerie de Tarbes un sac à dos, puis la victime, lundi matin. Une enquête est ouverte ; la piste privilégiée est celle d'une chute. Nous ne savons rien des circonstances précises et nous n'en dirons rien. Mais la formule des secouristes, « ce qui reste du glacier », dit quelque chose que tous les randonneurs qui montent au Taillon, à la brèche de Roland ou au Vignemale doivent entendre : les glaciers pyrénéens ne sont plus ceux des topos, et un glacier qui disparaît est un terrain plus dangereux qu'un glacier vivant. Voici ce qu'il en reste en 2026, pourquoi septembre en est le pire mois, et les règles pour marcher dessus, à côté, ou pour y renoncer.

Ce que l'on sait du drame des Gabiétous, et ce que l'on ne sait pas

La chronologie est celle que France 3 a reconstituée auprès du PGHM. Le jeune homme était parti pour deux jours de bivouac en altitude ; sa dernière position connue date du samedi 5 septembre, dans la vallée de Gavarnie. Dimanche en fin d'après-midi, faute de le voir rentrer, ses proches ont alerté les secours et diffusé sur les réseaux sociaux un signalement précis : un homme d'environ 1,85 m, sac à dos orange et gris, chaussures noires et jaunes, une voiture blanche à repérer sur un parking, le secteur du cirque de Gavarnie et du refuge des Espuguettes. Les premières recherches ont commencé vers 18 h 30 ; le véhicule a été localisé ; la nuit a compliqué les opérations, « le terrain à explorer est vaste », a expliqué un officier du PGHM des Hautes-Pyrénées, et le survol nocturne par un drone équipé d'une caméra n'a rien donné. Lundi matin, cinq gendarmes secouristes étaient sur zone avec une équipe à bord de l'hélicoptère : « Avec ce survol en hélico, on a rapidement localisé un sac à dos, puis la victime sur ce qui reste du glacier des Gabiétous. »

Ce que l'on ne sait pas : où il allait exactement, par où il est passé, à quelle heure, s'il a marché sur la glace ou sur les dalles qui la bordent, et ce qui a provoqué la chute que l'enquête privilégie. Ce drame s'ajoute à ceux que nous avons rapportés la semaine dernière (un homme de 64 ans retrouvé mort au bas de la voie normale du Vignemale après deux jours de recherches, une randonneuse de 72 ans décédée aux lacs d'Ayous) et, comme eux, il obéit à la mécanique décrite dans notre article sur le délai d'alerte et la fiche d'itinéraire : parti seul, une alerte donnée par les proches quand l'heure de retour est dépassée, une zone de recherche vaste parce que l'intention n'était connue qu'en gros. Nous y revenons en fin d'article. Le sujet de celui-ci est le terrain.

Gabiétous, Taillon, Ossoue : ce qu'il reste des glaciers pyrénéens en 2026

Le glacier des Gabiétous est un glacier de cirque niché entre le pic du Taillon et les pics des Gabiétous, sous le col du même nom, sur le versant nord de la frontière. Vers 1850, à la fin du petit âge glaciaire, il montait jusqu'au col et présentait une barre de séracs de soixante mètres, les « aiguilles de glace des Gabiétous », dont les effondrements tombaient sur le sentier de la brèche de Roland ; il couvrait alors 0,12 km². Les séracs ont disparu dans les années 1940, une petite barre s'est reformée pendant la parenthèse fraîche des années 1970-1980, puis le recul a repris en 1985. Les dernières crevasses transversales ont disparu en 2014 et, au début des années 2020, « seule la rimaye et quelques cassures dans la partie haute attestent d'une faible dynamique », résume la notice consacrée au glacier : il a abandonné le secteur du col et s'étend sur 0,08 km², huit hectares. Dans le suivi de l'association Moraine repris par l'Observatoire du Parc national des Pyrénées, il a perdu 33 % de sa surface entre 1850 et 2023 et 52 mètres de longueur entre 2002 et 2023, ce qui en fait, paradoxalement, l'un des moins atteints, parce qu'un seuil rocheux l'a toujours empêché de s'allonger : il a surtout maigri en épaisseur.

Autour de lui, le tableau est celui d'une fin. Les neuf glaciers suivis par Moraine couvraient environ 460 hectares en 1850, 140 en 2002, 56 en 2023 ; l'englacement total des Pyrénées est passé de 500 à 170 hectares entre 2000 et 2023, soit 14,3 hectares perdus par an, et aucun glacier de la chaîne ne dépasse plus un kilomètre carré. Le glacier d'Ossoue, sous le Vignemale, reste le plus vaste du versant français avec 22 hectares ; les mesures des 11 et 12 octobre 2025 y ont relevé une fonte estivale record, à égalité avec 2023, l'équivalent de 3,25 mètres d'eau perdus sur toute la surface en un an, près du double de la moyenne annuelle, rapporte La Semaine des Pyrénées. « Ce glacier a déjà perdu 220 mètres de longueur, 50 mètres d'épaisseur et près de 60 % de sa surface depuis 24 ans. Nous pouvons désormais estimer qu'il aura totalement disparu dès 2034 », déclare Pierre René, le glaciologue fondateur de Moraine. Le dernier cycle mesuré (2024-2025) est décrit par l'Observatoire comme une « régression très marquée », avec 5 % de neige en moins l'hiver et un été à +1,4 °C. Une nuance compte pour le randonneur : en 2024 et 2025, les fronts sont restés stables parce qu'ils étaient « protégés par des névés résiduels de 2024 ». Après l'été le plus chaud jamais mesuré, il n'est pas certain que cette protection ait survécu à 2026 ; les mesures d'octobre le diront.

Six glaciers du Parc national des Pyrénées : ce qu'il en reste (suivi Moraine / Observatoire du Parc, chiffres 2023)
GlacierMassif, itinéraires voisinsSurface perdue depuis 1850Recul du front 2002-2023
GabiétousMont-Perdu ; Taillon par les Gabiétous, col des Gabiétous-33 %-52 m
TaillonMont-Perdu ; brèche de Roland, Taillon voie normale-78 %-132 m
OssoueVignemale ; voie normale de la Pique Longue, Montferrat-78 %-365 m
Oulettes de GaubeFace nord du Vignemale, refuge des Oulettes-85 %-145 m
Petit VignemaleHourquette d'Ossoue, refuge de Baysselance-95 %(dernière cascade de glace effondrée en 2007)
Las NéousBalaïtous, refuge de Larribet-95 %-328 m

Sources : Observatoire du Parc national des Pyrénées (suivi de l'association Moraine), notice « Glaciers des Pyrénées ». Les itinéraires sont cités pour situer les glaciers, pas comme des recommandations.

Pourquoi un glacier qui meurt est plus dangereux qu'un glacier vivant

L'intuition dit le contraire : moins de glace, moins de crevasses, moins de danger. C'est faux pour quatre raisons, dont aucune n'est propre aux Pyrénées, mais que les Pyrénées concentrent parce que leurs glaciers sont à la fin de leur vie. La première est la glace vive. Un glacier « vivant » est recouvert, une bonne partie de l'été, d'un névé de l'hiver qui amortit, retient le pied et masque la pente. Un glacier moribond perd ce névé dès juillet ; en septembre, il ne reste que de la glace nue, grise, souvent creusée de rigoles d'eau de fonte, sur laquelle une semelle de chaussure de randonnée n'accroche pas du tout. Une pente de glace de 25 degrés, anodine sur la carte, ne se remonte pas sans crampons et ne s'arrête pas sans piolet. C'est exactement ce que dit, pour les névés, la règle rappelée par les topos pyrénéens de Mariano : « sans piolet et si la pente dépasse les 30 % d'inclinaison, n'hésitez pas à faire demi-tour pour contourner le névé », et « avoir des crampons aux pieds c'est bien, mais sans piolet serait très dangereux (pas de possibilité de s'arrêter) ».

La deuxième est la rimaye, cette crevasse qui sépare le glacier de la paroi rocheuse à laquelle il s'adosse. Sur les Gabiétous, c'est la seule crevasse qui subsiste, et c'est aussi la plus traître : elle s'ouvre au maximum en fin d'été, quand le pont de neige qui la comblait a fondu, précisément là où l'on quitte la glace pour le rocher. Le Parc national des Pyrénées ne dit pas autre chose dans ses conseils aux randonneurs : « Évitez de traverser névés et surtout ponts de neige. » Les archives pyrénéennes, rassemblées dans la notice sur les glaciers des Pyrénées, gardent la mémoire du guide Pierre Barrau, disparu dans la rimaye de la Maladeta en 1824 pour avoir sondé un pont de neige sans corde, et de la skieuse Catherine Veron, tombée dans une crevasse de l'Aneto en 1974 par une année de faible enneigement. Des glaciers presque morts peuvent encore avaler quelqu'un.

La troisième est le rocher que la glace libère. « Les glaciers stabilisent localement le climat en renvoyant le rayonnement solaire. Leur disparition, c'est la perte d'un régulateur thermique et la déstabilisation des affleurements rocheux mis à jour », explique Pierre René dans La Semaine des Pyrénées. Concrètement : les dalles que le glacier a polies pendant des siècles sont lisses, souvent mouillées par la fonte, et inclinées dans le sens de la pente ; les moraines qu'il a laissées sont des tas de blocs non cimentés, qui bougent sous le pied et libèrent des pierres sur ceux qui montent en dessous ; les parois qu'il soutenait s'écaillent. C'est le même phénomène que nous décrivions à propos des éboulements record de 2026 dans les Alpes, à une échelle plus petite mais au contact direct des itinéraires. La quatrième, enfin, est la glace morte : au bord des glaciers en recul, des lentilles de glace subsistent sous les cailloux, invisibles, avec des cavités en dessous. Les photographes du Parc en montrent une, sous-glaciaire, sur la page de l'Observatoire. Marcher au bord d'un glacier résiduel, sur ce qui ressemble à un éboulis ordinaire, c'est parfois marcher sur un toit.

France tv nature (juillet 2026) : sur le glacier d'Ossoue avec le glaciologue Pierre René. On y voit la glace nue de fin d'été, les balises d'ablation et les moraines fraîchement dégagées dont il est question dans cet article.

Septembre : le mois où il ne reste rien pour vous protéger

Il y a une saison pour chaque danger, et celle des restes de glaciers est maintenant. Le cycle glaciaire, tel que le décrit le Parc national, oppose un hiver (octobre à mai) où le glacier grossit par accumulation et un été (juin à septembre) où il maigrit. Fin août et septembre sont donc, chaque année, le moment où la couverture de neige est la plus mince ou absente, où la glace est la plus exposée, où la rimaye est la plus ouverte et où les moraines sont les plus sèches et les plus mobiles. Ajoutez le calendrier de cette année : l'été le plus chaud jamais mesuré, 40 °C en plaine dimanche dernier, puis une bascule vers l'air polaire en trois jours. Ce que cela fait à un glacier résiduel : une fonte maximale jusqu'au 7 septembre, puis, depuis mercredi, des nuits de regel qui transforment en verglas l'eau qui ruisselait sur la glace et sur les dalles, et de la neige possible sur les plus hauts sommets, que nous ne pouvons pas quantifier ce matin. Le résultat, tôt le matin, est le pire des deux mondes : de la glace dure recouverte d'une pellicule gelée, sans névé pour la masquer.

Le regel a une autre conséquence, connue des alpinistes et ignorée de la plupart des randonneurs : il fixe les pierres la nuit et les libère le jour. Sur les moraines et sous les parois que le glacier ne soutient plus, les chutes de blocs sont les plus fréquentes entre la fin de matinée et l'après-midi, quand le soleil dégèle ce que la nuit avait collé. L'horaire compte donc deux fois : partir tôt pour bénéficier d'une glace et d'un terrain regelés, mais avec des crampons puisque tout est dur ; être redescendu des zones exposées avant que le versant ne se réchauffe. Et comme le retour du beau temps est annoncé pour le week-end, avec un air redevenu chaud dès lundi dans le Sud-Ouest, la fenêtre où la montagne « travaille » le plus fort, alternance de gel nocturne et de chaleur diurne, va durer plusieurs jours.

Les règles : matériel, horaire, et à quel moment renoncer

Nous avons écrit en juillet un guide pour traverser les névés d'été ; ce qui suit le complète pour le cas des restes de glaciers, de leurs rimayes et de leurs moraines. Rien ici n'est original : ce sont les règles de l'alpinisme facile, appliquées à un terrain que les topos de randonnée présentent encore, parfois, comme de la marche. Les voici, dans l'ordre où elles se posent.

  1. Un topo qui dit « traverser le glacier » n'a plus de valeur sans date. Un itinéraire décrit avant 2020 sur les Gabiétous, le Taillon ou Ossoue décrit un autre terrain : un névé devenu glace, un pont devenu rimaye, une moraine qui n'existait pas. Cherchez des retours de la semaine, appelez le refuge ou le bureau des guides de Gavarnie, et lisez la carte IGN en sachant que le figuré « glacier » y est souvent en retard sur la réalité.
  2. Sur la glace nue, crampons et piolet, ou demi-tour. Pas de crampons « au cas où » dans le sac : aux pieds dès la première pente de glace. Le piolet se tient à la main, pas sur le sac : un moniteur du centre de Barèges s'est tué au-dessus de Gavarnie « embarqué sur un névé alors que son piolet était fixé sur son sac à dos », rappelle un lecteur des topos de Mariano. Et si vous n'avez jamais appris à enrayer une glissade, vous n'avez rien à faire sur une pente de glace, quelle que soit sa taille.
  3. Ne franchissez jamais une rimaye ni un pont de neige sans être encordé, et n'y allez pas seul. C'est la règle du Parc, « surtout pas les ponts de neige », et elle est absolue en septembre, quand les ponts sont au plus mince. Contourner par le rocher est presque toujours possible ; sinon, c'est une course d'alpinisme, avec corde et compagnon.
  4. Traitez le bord du glacier comme une paroi. Les dalles polies, mouillées ou verglacées, se descendent face à la pente, et jamais en coupant vers la glace pour « gagner du temps ». Le cadre pyrénéen impose la prudence sur les terrains « raides et herbeux » même par beau temps ; les dalles glaciaires sont pires.
  5. Sur une moraine, restez sur la crête ou sur la trace, et ne vous arrêtez pas sous un groupe. Les blocs bougent, et une pierre lâchée par quelqu'un au-dessus descend sans prévenir. Casque : oui, ce n'est pas réservé aux grimpeurs. Il tient dans un sac de randonneur et il coûte moins cher qu'une nuit d'hôpital.
  6. Horaire : parti à l'aube, hors des zones exposées avant midi. Regel la nuit, chutes de pierres l'après-midi ; en septembre, la nuit tombe aussi plus tôt et le froid revient vite quand le soleil bascule derrière la crête.
  7. Renoncez si l'une des conditions manque : matériel, compagnon, expérience de la glace, météo, ou simplement l'envie. Aucun de ces sommets ne se referme : le Taillon et le Vignemale seront encore là au printemps, quand le névé aura repris son rôle de tapis. C'est, en montagne, la seule décision qui n'a jamais tué personne.

Les itinéraires concernés : Taillon, brèche de Roland, Vignemale, et la question de la « voie normale »

Le mot « voie normale » est le piège. Il désigne, pour un sommet, l'itinéraire le plus facile ; il ne dit pas que c'est une randonnée. Le Taillon (3 144 m) se gravit habituellement depuis la brèche de Roland par une arête débonnaire, mais un itinéraire classique, décrit par de nombreux topos et traces GPS, y monte « par le glacier des Gabiétous », depuis le port de Boucharo ou le refuge des Sarradets : c'est précisément le secteur où le jeune homme a été retrouvé, sans que l'on sache si c'était son projet. Le Vignemale (3 298 m), point culminant des Pyrénées françaises, se gravit par le glacier d'Ossoue depuis le refuge de Baysselance : il y a dix ans, on parlait de « randonnée glaciaire » ; aujourd'hui, le glacier montre de la glace vive dès l'été et ses moraines latérales ont grandi d'autant. Le pic de Montferrat, atteint le 3 septembre par le randonneur de 64 ans dont nous parlions la semaine dernière, est sur ce même glacier. Quant à la brèche de Roland, la voie la plus fréquentée du cirque, elle passe sous le glacier du Taillon, dont le front a reculé de 132 mètres depuis 2002 : le passage se fait de plus en plus souvent sur des dalles et des éboulis plutôt que sur la neige, ce qui n'est pas moins délicat quand tout est mouillé.

Notre itinérance de cinq jours dans les cirques de Gavarnie, Estaubé et Troumouse et notre page sur le cirque de Gavarnie restent des randonnées : elles ne touchent aucun glacier et s'arrêtent là où commence l'alpinisme. La frontière entre les deux, dans ce massif, est de plus en plus fine et de moins en moins visible, parce que l'obstacle n'est plus une belle langue de glace crevassée qui dit clairement « pas pour vous », mais quelques hectares de glace grise, des dalles et une rimaye que l'on découvre au dernier moment. Pour les Alpes, où les glaciers sont plus grands mais où le même processus est à l'œuvre, nos tours des glaciers des Écrins et des glaciers de la Vanoise contournent la glace pour les mêmes raisons.

Trois questions avant de poser le pied sur « ce qui reste » d'un glacier

1. Ai-je des crampons aux pieds, un piolet en main et déjà pratiqué l'arrêt d'une glissade ? 2. Suis-je encordé avec quelqu'un si je dois franchir une rimaye ou un pont de neige, ou bien ai-je un contournement par le rocher ? 3. Serai-je hors des moraines et des dalles avant que le soleil ne les dégèle, et quelqu'un en bas sait-il que je suis là ? Une réponse « non » suffit à faire demi-tour.

La montagne après la glace : moraines, lacs et sols neufs, un terrain qui va être protégé

Ce qui remplace un glacier n'est pas rien. « Aujourd'hui, 90 % des zones glaciaires pyrénéennes sont déjà libérées de glace et en cours de recolonisation naturelle », et l'État s'est engagé à protéger l'intégralité de ces zones d'ici 2030, « y compris leurs résidus ou terrains nouvellement apparus », écrit La Semaine des Pyrénées ; en Haute-Garonne, une concertation vise à créer un espace protégé « des glaciers », même sans glace permanente. Le lac de Clarabide, en Louron, est un ancien glacier devenu lac au XIXe siècle ; les lacs proglaciaires d'aujourd'hui, retenus derrière une moraine ou dans une cuvette surcreusée, sont les paysages neufs des vingt prochaines années, et ils sont fragiles : bords instables, eau à 2 °C, blocs de glace flottants, moraine-barrage qui peut céder. Le Parc rappelle par ailleurs que les Pyrénées se sont réchauffées de 1,2 °C en cinquante ans, 30 % de plus que la moyenne mondiale, et que la moitié de leurs glaciers ont disparu en trente-cinq ans. Le glacier du Boum, en Luchonnais, a reçu un hommage en 2025 : il n'existe plus depuis 2023.

Pour le randonneur, la conséquence est simple : ces zones sont à la fois les plus intéressantes à voir, parce qu'elles changent d'une année sur l'autre, et les moins prévisibles à parcourir, parce que rien n'y est encore stabilisé. Elles méritent d'être approchées comme le Parc demande de traiter tout le cœur du massif, sans sortir des sentiers, et en gardant ses distances avec les fronts de glace, les rimayes et les pieds de paroi. Si vous voulez comprendre ce qui se passe sous vos pieds, la vidéo ci-dessous montre les gardes du Parc et l'association Moraine au travail sur Ossoue.

Parc national des Pyrénées (chaîne officielle) — Instants Découverte : le suivi du glacier d'Ossoue, avec les balises d'ablation et les mesures de front décrites plus haut (publié fin 2023, après une perte record de 5 m d'épaisseur).

Un bivouac de deux jours, une alerte le dimanche soir : encore la fiche d'itinéraire

Nous l'avons écrit lundi et nous le réécrivons parce que les faits se répètent au mot près. Le jeune homme était parti seul pour deux jours ; ses proches savaient la vallée et à peu près la date de retour ; quand l'heure est passée, ils ont fait exactement ce qu'il fallait, alerter et décrire, jusqu'à la couleur des chaussures, ce qui a permis aux gendarmes de retrouver la voiture le soir même. Ce qui a manqué, on ne le saura peut-être jamais, mais le PGHM l'a dit d'une phrase : « le terrain à explorer est vaste ». Une fiche d'itinéraire en huit lignes, laissée à un proche ou inscrite dans le registre du refuge des Espuguettes, réduit ce terrain à un vallon ; le mode d'emploi est dans notre article du 7 septembre, et le rôle du téléphone, AML et système Lifeseeker compris, dans celui du 4 septembre. Une note utile en passant : le 2 septembre, sur le Carlit (Pyrénées-Orientales), un randonneur à la cheville fracturée a pu alerter et être localisé « grâce à la fonction d'appel d'urgence de son téléphone », rapporte Le Petit Journal. Cela vaut quand on est conscient et que le téléphone survit à la chute. Pour tout le reste, il y a la fiche, et le fait de ne pas être seul sur la glace.

Dernier rappel, celui du Parc, en toutes lettres dans ses conseils : « Prévenez une tierce personne de votre sortie en indiquant l'itinéraire, les dates et heures de départ et d'arrivée et les étapes prévues. » Et, pour ceux qui partent malgré tout seuls, notre guide de la randonnée en solitaire et nos règles essentielles de sécurité en montagne, qui valent pour tout le dossier des dangers de l'été, dont celui-ci est, en septembre, le chapitre le plus actuel.

Questions fréquentes

Peut-on encore « randonner » sur un glacier pyrénéen en septembre ?
Non, pas au sens de la randonnée pédestre. En septembre, un glacier résiduel n'est plus que de la glace nue, avec une rimaye ouverte et des moraines instables : c'est un terrain d'alpinisme facile, qui demande crampons, piolet, souvent une corde, et l'expérience d'en servir. Les itinéraires qui les évitent (cirque de Gavarnie, brèche de Roland par beau temps sec, lacs et cols) restent de la randonnée.

Des crampons légers « de randonnée » suffisent-ils sur la glace ?
Sur un névé dur et peu pendu, des crampons légers bien fixés et un piolet peuvent suffire. Sur de la glace vive inclinée, non : il faut des crampons complets adaptés à la chaussure. Et dans les deux cas, le piolet en main est ce qui permet de s'arrêter ; des crampons sans piolet donnent une fausse assurance.

Comment reconnaître une rimaye ou une zone de glace morte ?
La rimaye est une fente, parfois masquée par un reste de neige, à la jonction entre la glace et le rocher, en haut du glacier : on la devine à un changement de pente, à une lèvre de neige ou à un creux. La glace morte se cache sous des cailloux au bord du glacier ; un sol qui sonne creux, des cailloux qui « glissent » ensemble, de l'eau qui sort de sous un éboulis, un léger renflement sont des signes. En cas de doute, on contourne par le rocher sain, jamais par-dessus.

La carte IGN indique un glacier : est-ce fiable ?
Le figuré glaciaire des cartes et des topos date souvent de plusieurs années, et les glaciers pyrénéens perdent 14 hectares par an : la carte est en retard, dans un sens comme dans l'autre. Elle reste indispensable pour le relief et l'orientation, mais pour l'état de la glace, seuls comptent les retours récents (refuges, guides, bulletins de conditions).

Où se renseigner sur l'état d'un glacier avant de partir ?
Auprès des refuges du secteur (Sarradets, Baysselance, Espuguettes), des bureaux des guides de Gavarnie ou de Cauterets, et du bulletin Météo Montagne de Météo-France pour l'isotherme 0 °C et le regel. L'association Moraine et l'Observatoire du Parc national publient chaque automne l'évolution des glaciers, utile pour comprendre la tendance, pas pour connaître les conditions du jour.

Sources